DES VILLES...(à la campagne)

Une exposition de cinéma et de vidéo

6 Juillet - 8 Septembre 2019

vernissage le 5 Juillet à partir de 18h30

Tous les jours sauf lundi, de 15 à 19 heures


Images/Ventenac s'est associé pour cette exposition à Horizons d'eaux # 3, parcours d'art
contemporain et d'art vivant sur le Canal du midi, réalisé par les
Abattoirs, Musée - Frac Occitanie Toulouse et le Frac Occitanie
Montpellier, en partenariat avec Convivencia. Ainsi, Horizons d'eaux #3 propose les
interventions dans Ventenac de Rébecca Konforti, Romain Ruiz-Pacouret et Jean-Claude Ruggirello
(Vernissage à 18h à la Cave Coopérative)





Images/Ventenac bénéficie du soutient du Conseil Général de l'Aude,
du Conseil Régional de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée
et de la Commune de Ventenac en Minervois.




IMAGES / VENTENAC présente :

Césarée, Marguerite DURAS
Roadmovie Zürich et Bag people, Bessie NAGER
All You Need To Know Right Now (1) (2) (3), Alexander COSTELLO
The Evil Eye, Clément COGITORE




DES VILLES....(à la campagne)



La ville où les humains s'agrègent pour vivre ensemble est symbolique
de la perfection du monde à venir : dans l'Apocalypse,
l'humanité est destinée à vivre pour l'éternité dans la Jérusalem Céleste.
A ce titre, les mythes de Babel ou de Babylone nous préviennent que créer
une ville est une entreprise à haut risque : l'homme défie les dieux créateurs.
2008 est l'année où, au niveau mondial, les citadins sont devenus
majoritaires. En Asie, en Afrique, en Amérique latine des zones métropolitaines
se chevauchent pour former des réseaux urbains de plus de cinquante millions
d'habitants. Cette "masse critique" transforme la géopolitique en "métropolitique".
La guerre traditionnelle est remplacée par l'effroi déversé sur la seule concentration
des métropoles. Pompéi, Hiroshima, New-York, "VILLES PANIQUES qui signalent
le fait que la plus grande catastrophe du 20ème siècle a été la ville, la métropole
contemporaine du désastre du progrès"
(Paul Virilio, Ville panique, Ailleurs
commence ici.)



Dans le film de Marguerite DURAS, Césarée, sa voix évoque les ruines de la ville
de Palestine, "…les colonnes de marbre bleu jetées / là devant le port", le sable et la cendre.
Ce récit de destruction, d'effondrement et de violence constitue le décor du retour et de la mort
de Bérénice, la reine juive jamais citée, répudiée pour raison d' Etat par Titus, le destructeur
du Temple de Jérusalem. Abruptement, les derniers mots annulent la distance géographique
et temporelle entre Césarée et Paris : "Il fait à Paris un mauvais été / Froid. De la brume."
et rejoignent alors les images de la traversée du jardin des Tuileries et des berges de la Seine
qui, pendant toute la durée du film, font contrepoint au récit.

Bessie NAGER expérimente la condition urbaine en filmant les rues des villes et ceux qui les
parcourent. Les rues dédoublées par un effet de miroir nous plongent dans un paysage
kaléidoscopique, quasi onirique tandis que les porteurs de cabas Tati, pauvres et/ou immigrés,
vont quelque part, rassemblés là uniquement par ce qu'ils portent. "A ciel ouvert, la rue
c'est la ruée pour une course poursuite aussi vitale que le souffle qui nous anime
".
(Paul Virilio, op.cit. )

Alexander COSTELLO se plante debout, immobile, devant nous et nous regarde tandis que dans
son dos, une petite foule patiente assiste à la démolition systématique de tours de grands ensembles.
Derrière le flegme britannique imperturbable et ironique, ces images d'autodestruction volontaire
évoquent le retour de la terreur collective, une terreur qui décapite les tours de grande hauteur
(Ground Zero à New York) ou embrase les immeubles populaires (la tour Grenfell à Londres);

Enfin, en miroir au film de Marguerite Duras, The Evil Eye de Clément COGITORE superpose
un récit inspiré de l'Apocalypse et des extraits de vidéos issues de banques d'images destinées
à des campagnes publicitaires, politiques ou institutionnelles. Ces images saturées de sourires,
de mouvements de chevelures au ralenti, de beautés artificielles dévitalisées se veulent
injonctions hypnotiques destinées à susciter les instincts d'achats les plus inconscients.
Elles créent une réalité falsifiée où des anonymes, "anges du banal", imposent leur
hyper proximité médiatique à chacun d'entre nous tandis qu'une voix féminine, proche
et anonyme elle aussi, décrit les prémices d'une guerre civile mondiale où les populations
urbaines seront offertes en holocauste au chaos.
"…En un même jour, ses fléaux arriveront, la mort, le deuil et la famine, et elle sera consumée
par le feu
" (18.8) "…Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande! Elle est devenue
une habitation de démons, un repaire de tout esprit impur, un repaire de tout oiseau impur

et odieux."(Apocalypse 18.2)


F.M.




- 1 - Césarée de Marguerite DURAS(1914 - 1996)






















Film couleur, sonore (musique de Amy Flammer), 11 minutes, 1979. Prêt du FRAC Lorraine.
Avec les chutes du film Le Navire Night, M. Duras a produit deux courts-métrages
au printemps de 1979, Césarée et Les Mains Négatives. Césarée est lié au souvenir
d'un voyage en Israël et à l'admiration de Duras pour la tragédie de Racine, Bérénice.
Sur la musique obsédante du violon d'Amy Flammer, les images de Paris accolées à la description des
ruines antiques créent un écart, un jeu de correspondances :
"La synchronisation n'est plus littérale, mais de ton à ton, de mouvement à mouvement,
d'intensité à intensité...oeuvrant à un cinéma baudelairien peut-être,
mais surréaliste assurément, au sens fort que Breton cherchait
" (Dominique Noguez)




- 2 - 1 - Roadmovie Zürich de Bessie NAGER (1962-2009 Suisse)
























vidéo couleur, sonore (Alura),59.44 minutes, 2006, prêt.


- 2 - 2 - Bag people, Budapest, Cracovie, Londres, Zürich
vidéo couleur, sonore, 19.52 minutes, 2001, prêt.




-3 - All You Need To Know Right Now(1) (2) (3) de Alexander COSTELLO (1976, Grande Bretagne)






















Trois vidéos couleur, sonores, 8.29, 12.24 et 4.22 minutes.
Prêt du FRAC Aquitaine.
Le travail de Costello veut affronter et exposer l'absurdité quotidienne de ce qui est perçu
comme la normalité. L'incommunicabilité et les erreurs d'interprétation altèrent les processus
et transforment le résultat final. Le "nonsens" et l'humour décalé contaminent alors vidéos et performances.




- 4 - The Evil Eye de Clément COGITORE

















Vidéo HD, Couleur, 15 min, 2018.
Production : Galerie Eva Hober / NoirmontArtproduction / Kazak Productions
Courtesy de l’artiste, de la galerie Eva Hober (FR) et de la galerie Reinhard Hauff (DE)

PRIX MARCEL DUCHAMP 2018
"Le sens du rite et la manifestation du sacré sous-tendent l’ensemble de l’œuvre de Clément Cogitore,
inspirée par les rassemblements, les phénomènes communautaires et l’expression des croyances
d’aujourd’hui, fussent-elles erratiques ou diffuses, sans objet défini. La circulation et la banalisation
des images constituent le hors-champ de cette démarche : l’artiste s’y confronte et y répond avec une
intensité visuelle et un sens du conte qui confine au fantastique.
Issue d’un nouveau chantier de recherche de Clément Cogitore, The Evil Eye est entièrement réalisé
à partir d’images préexistantes. Le récit d’une voix féminine y traverse des scènes anonymes et s
téréotypées, empruntées à des banques d’images mondiales où se fournissent les producteurs de clips
publicitaires et de campagnes politiques. Une dramaturgie ambivalente s’installe peu à peu, où
l’indifférenciation identitaire entre en tension avec un registre allégorique. L’installation prend
la tournure d’une boîte optique. Le fourmillement d’un grand écran LED happe le regard dans
un espace paradoxalement intime, où l’autorité du dispositif médiatique et celle du spectateur
entrent l’une et l’autre en dérive
."

Marcella Lista
Commissaire d’exposition et conservateur au Centre Georges Pompidou,
Musée National d’Art Moderne

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En prologue de l'exposition de l'été (DES VILLES...), une exposition de printemps :